De la décroissance des inégalités : les revenus
Par Pierre-Marie Demy le mardi, novembre 24 2009, 20:20 - Lien permanent
Quand on parle de décroissance, la première à envisager ne serait-elle pas celle des inégalités ?
Les revenus
Il existe des écarts de revenus terribles entre d'une part les pays riches et les pays pauvres ( évidemment; c'est même comme ça qu'on les définit...), mais également au sein d'un pays entre les plus riches et les plus pauvres.
Exemple dans le pays sûrement le plus extrême : les Etats Unis.
En 2007, les 1% des américains les plus riches se partagent 23.5% de l'ensemble des revenus du pays, et les 0.1% les plus riches se partagent 12.3% des revenus.
En quoi serait-ce dans l'intérêt général de tolérer de tels écarts entre les plus riches d'un pays et les autres ?
C'est d'abord pour une question d'égalité et de justice sociale qu'il parait aberrant de laisser perdurer de tels inégalités.
Mais c'est également vrai pour une question environnementale et climatique. Je m'explique :
Le modèle de consommation ostentatoire délivré par les "riches" a de nombreuses conséquences.
"En faisant de leur comportement - en l’occurrence de leur consommation - la norme de ce qui est perçu comme convenable et respectable, la classe oisive s’assure la soumission des classes inférieures. Cette soumission est renforcée par les tentatives des classes inférieures pour imiter les modes de consommation de la classe oisive. Ainsi, leur préoccupation centrale n’est pas de se demander si « l’ordre social est juste et le meilleur possible », mais plutôt « comment puis-je devenir riche et rejoindre la classe oisive ? » " (1).
La consommation ostentatoire des riches a pour conséquence de renforcer les envies de consommations des classes inférieures et le modèle économique dominant extrêmement inégalitaire.
Et c'est bien la société de consommation et nos modes de vie toujours orientés vers le "consommer plus" qui sont à l'origine des catastrophes climatiques et environnementales que nous préparons.
C'est donc l'existence même d'une classe de "riches" qu'il faut repenser.
Sur la question des revenus, que peut-on alors mettre en place?
La réponse parait assez simple : une imposition fortement progressive sur les revenus, avec à partir d'un certain niveau de revenu une tranche d'imposition à 90%, 95% ou même 100%. On parle alors là de Revenu Maximum Autorisé.
Cette idée n'a rien d'utopique, puisque pour reparler des États-Unis, sans que ce pays soit à montrer en exemple, une forte imposition des hauts revenus à déjà existé. Dans les années 1920, le taux marginal était de 25%. La crise de 29 étant passée par là, Roosevelt fait passer ce taux à 63% en 1932, 79% en 1936, puis 91% à partir de 1941, et même 94% en 44-45. Un taux de 91% sera maintenu jusqu'en 1965, année où il est ramené à 77%. Quand Ronald Reagan est élu président, en 1980, le taux marginal d'imposition est encore de 70%.
Maintenant, à partir de quel niveau de revenus faut-il taxer à 90%, 95% ou 100% ?
Le débat doit bien sûr être démocratique, mais on peut déjà avancer l'idée d'exprimer ce niveau de revenu en nombre de fois le niveau de revenu médian.
A titre d'exemple, une proposition de loi du Parti de Gauche envisage une imposition à 100% à partir de 20 fois le revenu médian, soit 352 000€ (2).
Commentaires
Pourquoi faut-il considérer les 'riches' comme 'oisifs'?
Avez-vous des chiffres pour supporter cela? En regardant les classement des richesses du monde, la proportion entre les fortunes d'héritiers (que l'on peur décrire de 'oisifs' puisque leur richesse n'est pas venue de leur activité), et celles d'entrepreneurs (qui ont du avoir dans la plupart des cas une activité importante, et risquée, donc pas vraiment des 'oisifs') est clairement en faveur de ces derniers.
D'ou proviennent alors les inégalités? Et est-ce vraiment justice sociale que d'empecher les 'futurs riches' de le devenir?
Ensuite, les 'riches' ne seraient-ils pas d'ailleurs les premiers à utiliser les produits 'ecologiques' ou 'éthiques', entre autre grace à leur bo-bo-isation?
Le terme de "oisif" ne concerne bien sûr pas tous les riches, et provient de l'article en référence 1 qui évoque le travail de l'économiste Thorstein Velben et de son ouvrage « Théorie de la classe de loisir ».
A lire aussi à ce sujet l'ouvrage d'Hervé Kempf "Comment les riches détruisent la planète".
Vous affirmez que les "riches" de ce monde sont en majorité des entrepreneurs non "oisifs" et pas des héritiers. Si l'on regarde l'origine de la fortune des milliardaires français ( http://www.journaldunet.com/managem... , chiffres de 2004, c'est tout ce que j'ai pu trouvé...), on constate que sur 24 milliardaires, 13 sont des héritiers, et parmi les 8 premières fortunes, 6 sont des héritiers. Je ne pense donc pas que la proportion des entrepreneurs soit "clairement en faveur" de ces derniers.
La question est plutôt de savoir si c'est vraiment dans l'intérêt général de promouvoir une société où l'argent a une place centrale, et où la compétition pour devenir "riche", puisqu'il ne peut y avoir de "riches" que si il existe en même temps des "pauvres", est omniprésente.
Ensuite, si vous pensez que la consommation par les "riches" de produits "écologiques" de type 4x4 "développement durable", avion "écolo", yacht "éco-responsable" ou encore tourisme "vert" à l'autre bout du monde a un impact positif sur l'environnement, permettez-moi d'en douter.