Avant de commencer, je vais essayer de résumer rapidement de quoi nous allons parler. Et ceci pour deux raisons :

1. D’abord car il est bon de commencer avec une introduction (c’est fort) qui annonce les sujets qui vont être abordés. Et ça nous le savons tous depuis que notre instituteur de CM1 nous l’a dit. Et dans ce blog, on n’est pas là pour tergiverser, on applique les règles un point c’est tout ! Point.

2. Et secondement, car cela évitera à certain(s) de lire tout le billet s’il(s) trouve(nt) déjà que l’introduction est incompréhensible ou barbante.

Résumons donc la situation mais surtout la suite de ce billet :

Nous allons essayer de comprendre un phénomène physique qui agit chaque seconde autour de nous : l’entropie. Non pas pour le plaisir de savoir ce qu’est l’entropie, mais bien parce que l’entropie agit directement sur notre environnement et explique bien des choses sur des aberrations qui régissent notre société (dont le processus économique). L’entropie est une des rares règles physiques qui rende compte de l’aspect réel des choses, c’est-à-dire du caractère non parfait de la réalité (face à la théorie des gaz parfaits, des billes qui roulent sans frottement et du réglisse qui glisse). Ainsi l’entropie explique que l’énergie dans un système clos ne peut que se dissiper et partir en chaleur (c'est-à-dire sous forme d’une énergie non utilisable par l’être humain). Ce caractère entropique de notre chère planète s’applique à tout (ou presque) et plus particulièrement à l’économie. Ainsi, tout processus économique n’est pas réversible (si on brule du pétrole pour une activité économique on ne pourra jamais revenir en arrière pour refaire du pétrole), et c’est pourquoi baser notre monde économiste sur des règles mécaniques (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit : un processus économique répondant aux lois de la mécanique et non de l’entropie) n’a aucun sens… Tant que nous garderons ce modèle, nous ne pourrons espérer vivre dans un monde meilleur. Olala, c’est triste et pas beau. Et pourtant c’est bien le but de ce billet : essayer de comprendre comment vivre dans un monde durable et solidaire plutôt que dans ce monde individualiste et kamikaze.

Alors allons-y:

1 L'économisme

Le système capitaliste dans lequel on vit n’est théoriquement pas durable. Paf j’attaque dur. Beaucoup de paramètres ne sont pas pris en compte dans les règles qui régissent notre économie. Il est impossible d’avoir un monde soutenable tant que l’on n’aura pas compris que d’autres facteurs doivent être intégrés au processus économique : l’environnement, les ressources naturelles.

Celui qui a fait émerger le concept de décroissance et qui en est considéré comme le père est un mathématicien et économiste roumain du XXème siècle : Georgescu Roegen (1906 -1994). Ce mathématicien introduit dans l’économie le concept d’entropie. Un concept physique complexe dont l’explication scientifique pose des problèmes même aux plus grands. Georgescu, lie directement l’entropie au processus économique et crée la bioéconomie.

L’homme au cours de son histoire a cherché à expliquer son environnement. Ainsi, on a d’abord expliqué le monde par les lois de la mécanique. Les forces de la mécanique sont réversibles, A exerce une force sur B, B exerce la même force contraire sur A et blablabla. Les systèmes étudiés sont parfaits, sans frottement (ou simulés) et blablabla encore une fois.



physique

Figure 1 : La mécanique. C’est un article scientifique, vous remarquerez la pertinence de cette illustration.

Ensuite, l’homme a compris que la mécanique n’était pas suffisante pour expliquer le monde, il y a eu la révolution newtonienne avec la gravitation, la révolution Carnotienne avec l’entropie ou encore la mécanique quantique (Bohr, Schrödinger...).

De la même façon, on peut penser que l’économie et ses règles manquent de vision et que de nombreux aspects sont écartés par les règles de l’économie. Ainsi, l’économie ne prend en compte ni les ressources naturelles (input de l'économie) ni les déchets (output de l'économie). L’exemple le plus flagrant de ce constat est le PIB. D’ailleurs, ce dernier est dorénavant largement controversé même s’il est quasiment l’indicateur universel de bonheur (on peut aller voir le "niveau de vie", ou le "moral des ménages" qui n'ont pour facteur que des paramètres économiques). Le PIB est la somme des valeurs ajoutées d’un pays, c'est-à-dire la valeur créée par le travail humain lors de la transformation d’une matière première. Ce qui induit que la valorisation des ressources naturelles n’entre jamais en compte dans le calcul. Par exemple, ce que nous cultivons dans notre jardin ne rentre pas dans le PIB, le bois non plus, l’eau non plus, l’acier, le pétrole, la terre non plus, le calcaire oui par contre… ah non je me suis fourvoyé, le calcaire n’entre pas en compte non plus dans le PIB. Par contre, c’est l’action de créer un meuble à partir du bois, ou de couper du bois qui rentre dans le PIB. C’est l’action d’extraire le pétrole et de construire tout ce qui va autour pour extraire ce pétrole qui rentre dans le PIB, jamais les ressources naturelles ne sont valorisées dans notre système économique. Ce constat induit d’énormes erreurs dans notre société, et cet aveuglement face à la finitude des ressources naturelles nous envoie droit dans le mur.

Une autre aberration est l'exemple d’une marée noire: lorsque des bénévoles viennent nettoyer les plages, c’est une action nuisible pour le PIB, car si ce sont des professionnels payés cela rentrerait dans le PIB.

Le PIB qui est un des indicateurs primordiaux de notre société où tout relève de l’économie n’a pas réellement de sens pour refléter la prospérité d’un pays, pourtant il est souvent utilisé à ces fins. Nous sommes en plein dans l’économisme.

2 L'économie et l'entropie

Ainsi, Georgescu (entre autre mais principalement) explique que l’économie est défaillante car elle n’a pas encore connu sa révolution carnotienne. Tatatin. Comme dit plus haut, la science a évolué et différents concepts physiques ont émergé afin d’expliquer le monde. Au XIXème siècle, la thermodynamique apparaît et plus spécifiquement l’entropie. Ceci grâce aux travaux de Saadi Carnot… d’où la révolution carnotienne. Incroyable. Ainsi, l’économie qui répond à des règles mécaniques doit évoluer et prendre en compte de nouveaux paramètres dont l’entropie.

Mais l’entropie… késako ? C’est peut-être très théorique mais c’est une notion importante à comprendre afin de prendre conscience que le monde dans lequel on vit n’est aucunement durable tant qu’il n’y aura pas de décroissance économique des pays riches.

L’entropie est le 2ème principe de la thermodynamique (1er principe : conservation de l’énergie, 3ème principe : notion de zéro absolu). L’entropie est un phénomène complexe que mêmes les plus grands physiciens ont du mal à comprendre. Cependant, on est des génies et on va tout comprendre. L’entropie est donc la capacité que tout parte en bordel, en désordre. Allez hop cadeau. On arrête là.

Plus précisément, l'entropie quantifie l'état de désordre d'un système. Le principe d'entropie dit que le désordre d'un système ne peut qu'augmenter, qu’un système évolue toujours vers une perte ou une dégradation de l’énergie utilisable (énergie libre) au profit de l’énergie inutilisable (énergie liée) par l’homme. Ainsi toute diminution locale de l'entropie ne fait qu’augmenter l'entropie globale.

Avec le 1er principe de conservation, et le 2ème principe d’entropie, on a donc : Si l'énergie dans l'univers est constante (principe de conservation), elle se transforme de plus en plus en chaleur de moins en moins utilisable (principe d'entropie ou de désordre). Ainsi, lorsque l’entropie est haute, le désordre est grand et inversement : lorsque l’entropie est basse, l’ordre règne.

Pour faire simple, quelque chose ne va jamais du désordre vers l’ordre sans intervention extérieure. Ainsi, dans ma chambre si je ne fais rien, le désordre va monter (l’entropie monte), avec la poussière, la peinture qui s’effrite… il faut une intervention extérieure pour remettre en ordre et faire diminuer l’entropie. Même chose pour un frigo, le frigo ne refroidit pas tout seul, il faut de l’énergie extérieure pour faire diminuer l’entropie à l’intérieur du frigo (froid dedans), et faire monter l’entropie à l’extérieur (chaud dehors) par l’utilisation d’énergie. Cependant, la terre n’est pas isolée et reçoit constamment de l’énergie via le rayonnement solaire qui permet de faire baisser l’entropie de la terre (par l’utilisation de cette énergie solaire avec la photosynthèse, photovoltaïque…). Mais l’activité sur Terre et la création de déchet (haute entropie), fait que nous consommons sur Terre davantage que ce que nous recevons (en terme de basse entropie). De plus, ce n'est pas avec de l'énergie solaire que nous fabriquerons des voitures et la formation du pétrole se compte en millions d'année...

L’entropie, selon Georgescu, est intrinsèquement liée à l’économie et joint directement les sciences économiques et les sciences physiques.

Actuellement (et depuis la naissance de l’économie) l’activité économique est soumise à des règles mécaniques donc réversibles, comme si l’économie était un processus indépendant n’ayant aucun impact sur la nature. Ainsi si on achète quelque chose, si on produit des biens, via les principes qui régissent l’économie actuelle, il est possible de revenir en arrière. Par exemple, si une activité nécessite de bruler du pétrole, rien n’exclut que l’on puisse revenir à l’état précédent et donc recréer du pétrole… C’est même la base de l’économie or, ceci est complètement absurde.

Chercher la croissance dans un pays comme la France c’est chercher la croissance économique (et non pas la croissance culturelle, la croissance du lien social, la croissance du bonheur…) or croître économiquement n’est pas sans impact sur l’environnement de par l’aspect entropique de l’économie. C’est-à-dire que toute activité économique a un impact réel sur l’environnement. Autrement dit une économie virtuelle déconnectée de son environnement n’existe pas puisque le temps de l’économie n’est pas le temps réversible de la mécanique, mais le temps irréversible de l’entropie. Prendre acte de ce phénomène est sans doute prendre conscience d’une des révolutions les plus importantes de notre époque car fait s’effondrer le système économique en place. Ceci est d’autant plus révolutionnaire dans les sociétés économistes occidentales. Si en physique (ou même philosophie), la mécanique a perdu sa suprématie suites à de nouvelles découvertes, il est étonnant qu’il n’en soit pas arrivé de même en économie…

La croissance économique ne peut pas être infinie puisque l’économie a un réel impact sur l’environnement (et ce dernier est limité). Le caractère entropique du monde et de l’économie montre que l’économie n’est pas dans un vase clos et que toute activité économique a irrémédiablement un impact sur l’environnement. L’activité économique pour garder une entropie constante consomme de l’énergie et des ressources naturelles de basse entropie pour produire des déchets de haute entropie. Avoir une activité économique implique forcément d’avoir un impact négatif sur l’environnement. Ainsi, avoir une activité économique croissante implique forcément plus de déchets, plus de pollution, moins de ressources naturelles… Ceci malgré n’importe quelle évolution technologique qui pourrait nous faire croire que l’on va moins polluer, et ceci est visible dans l’histoire de l’homme via le paradoxe de Jevons (effet rebond): Voir ici

Fermons la parenthèse, et revenons à Georgescu qui explique que l’économie est à la recherche de basse entropie pour se stabiliser. Ainsi Georgescu met en évidence l'impossibilité de résoudre les problèmes environnementaux par le seul progrès scientifique et technologique.

Nous ne devrions donc pas nous laisser leurrer par les progrès techniques. Et pourtant...

Dans nos sociétés occidentales, nous vouons désormais une religion à la technologie, nous espérons que celle-ci pourra nous sauver et nous affranchir des lois de la physique (et de l’entropie), que nous pourrons toujours produire autant voire plus avec de meilleurs rendements physiques. C’est une fuite en avant et ceci revient à courir droit dans le mur avec des œillères. Du point de vue des ressources naturelles qui sont à la base de notre société de consommation, les innovations consistent à dilapider toujours plus de ressources de basse entropie. C’est pourquoi les problèmes soulevés par les lampes basses consommation, les photocopies, les mouchoirs en papier ont un impact dérisoire face au concept de "développement durable" , face au capitalisme vert et la course aux innovations technologiques nous apportant des voitures électriques, des avions hydrogènes, de l’informatisation à outrance (pour consommer moins de papiers !)… qui nous apporteront une pollution bien plus grande et surtout un épuisement encore plus rapide des ressources…

Dorénavant, proner la croissance économique dans nos pays riches est un acte d'irresponsabilité majeure (bien que les patrons des grandes entreprises en croissance disent avoir beaucoup de responsabilités) et nous sommes en train d'anéantir les conditions minimums du bonheur de nos enfants.

D’où la décroissance inévitable, nécessaire et surtout souhaitable (ce dernier point est à développer dans d'autres billets) qui nous attend non seulement pour la survie des générations futures mais surtout pour le bonheur de notre génération et des générations à venir.