Décroissance et réchauffement climatique
Par Pierre-Marie Demy le jeudi, octobre 29 2009, 11:05 - Lien permanent
Le réchauffement climatique, c'est grave docteur ?
Mais la solution est simple : le président l'a dit. La croissance verte !
Toute activité économique consiste à puiser dans des ressources, à s'en servir pour fabriquer différents objets ou services grâce à un travail humain, ce qui au passage produit des déchets et des pollutions en quantités plus ou moins élevées. Nombre de ressources sont non renouvelables, donc leur production - et par la même leur utilisation - diminuera un jour.
Mais que peut bien donner sur notre environnement des rejets toujours croissants de déchets et de pollutions ?
Un exemple majeur de rejets dus à l'activité humaine sur l'environnement sont les gaz à effet de serre.
Les gaz à effet de serre sont par exemple le CO2 (dioxyde de carbone), le CH4 (méthane), le NO2 (protoxyde d'azote), les halocarbures...
Ces gaz ont la faculté de capter le rayonnement infrarouge provenant de la terre, et de le rediffuser, notamment vers la terre, ce qui augmente sa température.
Les émissions de gaz à effet de serre toujours croissantes dues aux activités humaines contribuent à augmenter la concentration en gaz à effet de serre dans l'atmosphère, ce qui contribue par voie de conséquence à réchauffer la planète.
La terre a toujours connu des variations dans son climat me direz vous, mais cette fois-ci la cause en est l'homme, et la vitesse a laquelle cela risque de se produire risque de dépasser tout ce que la planète a connu dans le passé. Les modèles actuels considèrent que la poursuite des tendances actuelles dans les émissions de gaz à effet de serre nous conduit tout droit vers un réchauffement planétaire de l'ordre de 5 ou 6 degrés d'ici la fin du siècle. 5 ou 6 degrés peut paraître peu - il suffit d'enlever son pull pourrait on penser – ou bien de mettre un maillot de bain comme a pu le dire notre ministre de la relance Patrick Devedjian - mais cela représente un changement absolument majeur !
5 degrés, c'est ce qui nous sépare de la dernière ère glaciaire il y a 20 000 ans, époque où le niveau de la mer était plus bas de 130 mètres ! On pouvait aller à pied de France en Angleterre, le sol était gelé en permanence à Marseille, rendant impossible toute agriculture et donc toute vie sédentaire comme nous la connaissons aujourd'hui.
Un réchauffement planétaire de l'ordre de 5 degrés aura des conséquences absolument majeurs sur l'ensemble de l'humanité, créant des sécheresses, des inondations, des famines, des déplacements de populations, des épidémies... Ce qui aura toutes les chances de conduire à des conflits sociaux mais surtout politiques et militaires, de nous faire redécouvrir la guerre et de mettre fortement en danger la survie même de nos démocraties... Tout ceci devra de plus être géré avec un accès à l'énergie beaucoup plus difficile qu'aujourd'hui, étant donné la finitude des ressources fossiles et le pic de pétrole que nous passons actuellement. Tous ces éléments risquent de provoquer une baisse dramatique de la population mondiale dans un espace de temps assez court, et absolument rien ne garantit que nous pauvres occidentaux fassions parti des survivants...
Etant donné qu'une dizaine de pays possède des armes nucléaires, il est tout à fait envisageable que le réchauffement climatique soit à la source d'une véritable barbarie !
Les émissions de gaz à effet de serre sont directement liées au PIB (pour les détails voir ici).
Si à PIB constant il est en théorie possible de diminuer les rejets de gaz à effet de serre (notamment en recourant à des sources d'énergie peu émettrices de gaz à effet de serre , ou en améliorant l'efficacité énergétique ), à partir du moment où l'on considère comme "normale" ou "souhaitable" une croissance du PIB par habitant de 2 ou 3 % par an, alors qu'importe que cette croissance soit "verte" ou "durable", il ne sera pas possible de diminuer suffisamment nos émissions de gaz à effet de serre. Les ordres de grandeur en cause ici montrent en effet que les 2 solutions évoquées - recourir à des sources d'énergie peu émettrices de gaz à effet de serre , ou améliorer l'efficacité énergétique - tout en recherchant une croissance du PIB, ne seront pas suffisantes étant donné le temps qu'il nous est imparti pour diviser par 2 les émissions mondiales par rapport à 1990, ce qui est nécessaire pour cesser d'augmenter la concentration en gaz à effet de serre dans l'atmosphère (pour les détails voir ici).
Pour éviter une catastrophe climatique et donc sauver notre avenir à tous, il serait souhaitable et même nécessaire de sortir au plus vite de l'idéologie de la croissance, et d'envisager une décroissance du PIB ( qui arrivera "un jour" quoi qu'il arrive, pour une question de ressources), en premier lieu chez nous les pays riches...