Les Enquêtes Ménages Déplacements en France montrent que la vitesse moyenne de l'automobile dans les grandes villes françaises est d'environ 15 km/h : la vitesse d'un vélo.

Ivan Illich développe dans son oeuvre "Energie et Equité" en 1973 le concept de vitesse généralisée à comparer à la vitesse moyenne calculée uniquement sur le trajet.

La vitesse est le rapport entre une distance et un temps. La distance parcourue est un invariable. Toutefois le temps nécessaire pour se rendre d'un point A à un point B peut être plus global qu'uniquement le temps de parcours. On peut en effet y intégrer le temps nécessaire pour se donner les moyens de relier A et B (marche à pied jusqu'au garage, temps nécessaire pour trouver une place de parking, temps passé à travailler pour acquérir, entretenir, alimenter le moyen de transport...).

Un calcul mathématique simple et irréfutable montre que la vitesse généralisée est bornée. Elle ne peut pas dépasser un certain seuil qui est indépendant de la vitesse (efficacité ?) mécanique du moyen de transport utilisé. La vitesse généralisée tend vers le rapport entre le salaire horaire et le coût de revient au km. Les non mathématophobes peuvent trouver les étapes de calcul ici.

Ainsi on se rend compte que pour aller vite d'un point A à un point B, il faut soit gagner très bien sa vie, soit utiliser un moyen de transport avec le coût de revient au km le plus faible possible. On voit donc que les pauvres et les riches ne sont pas égaux devant la vitesse.

Jean-Pierre Dupuy a ainsi calculé, à partir de cette définition de la vitesse, le temps consacré à la voiture par un français (en moyenne bien évidemment). Il note que que celui-ci consacre en moyenne 4h par jour à sa voiture (temps de déplacement, d'entretien, de travail pour se payer la voiture, le carburant...). Ainsi sur une année, la voiture a une vitesse généralisée de 7km/h. Tout le monde trouve absurde et inutile de consacrer 4h par jour à ses déplacements. Illich questionne pourquoi personne ne trouve alors absurde de passer autant de temps à travailler pour se donner les moyens de se déplacer. On serait beaucoup plus rapide si on utilisait directement ce temps pour se déplacer à pied, en vélo, en rollers...

Evidemment cette vision est extrême. Difficile (mais pas pour tout le monde...) de se dire qu'il est plus intéressant de pédaler pendant 3 semaines pour faire Paris-Marseille que de travailler 4 semaines pour uniquement se payer la capacité de faire Paris-Marseille en 3h, même si en l'occurrence ma vitesse est maximale avec mon vélo. Elle a toutefois, je pense, le mérite de questionner une nouvelle fois notre société. Nous consommons à l'instant t sans voir l'absurdité ou les nuisances provoquées par notre acte d'achat. J'achète le dernier gadget sans tenir compte de la pollution engendrée et/ou de l'exploitation de la population à l'autre bout du monde pour sa production. Je prends ma voiture pour aller acheter ma baguette sans prendre en compte le nombre d'heures que j'ai "perdues" pour me permettre de gagner 2 min sur ce trajet...